mercredi 5 avril 2017

Pension alimentaire

J'ai toujours eu peine à croire qu'il était possible d'être foncièrement méchant car si je ne suis pas du tout un exemple de philanthropie je peux au moins me targuer de n'avoir jamais été volontairement méchante avec mon prochain. Disons une seule fois - en 2006 je crois - quand poussée par le vent de l'adolescence j'ai volé un iPod. La victime s'appelait Rebecca et devinez quoi. Je me suis fait tirer l'objet quatre mois plus tard. (Warda rira bien quand elle me lira). C'était bien fait pour moi, ça m'a appris à ne pas baiser avec des vendeurs de chichon fréquenter n'importe qui..

Depuis je n'ai plus volé et quand mes copines de l'époque partaient en mission chez Jennyfer j'étais toujours la caguette de service qui se faisait dans le fond du pantalon. Oui mes copines étaient des voleuses qui se volaient aussi entre elles (Warda rira bien quand elle me lira), d'ailleurs j'ai longtemps accusé l'une d'elles de m'avoir volé un CD de Mylène Farmer alors que son maître à penser était b2oba.

2006 est passé et la mode du iPod aussi, aujourd'hui je suis belle-maman enfin plus vraiment. Disons que je l'ai été sur une courte durée et ça me faisait plaisir de me sentir utile. Par "utile" entendre "payer des coups à boire". Cela devrait être de notoriété publique que je suis une bonne poire.

Ma belle-fille s'appelait Charlotte et avec un prénom à la con comme celui-ci j'aurais dû comprendre on s'entendait super bien. Tout a commencé en avril 2016 quand son père et moi sommes allés la voir dans le Nord. Elle était mignonne, gentille, douce et souriante, les cheveux blonds à la garçonne, coiffeuse et serveuse le samedi. Elle avait son appart aussi et j'ai trouvé ça cool qu'elle m'y invite pour me donner du shampoing pour cheveux fins. Pour de vrai je suis quelqu'un comme ça. Tu pourrais m'offrir une crème antirides je n'y verrais pas de souci.

Les mois sont passés et Charlotte est venue s'installer dans le Sud, officiellement pour rouler sa bosse, en réalité pour suivre sa mère, à quelques kilomètres de chez son père et moi. On mangeait des crêpes le dimanche après-midi et sortions le jeudi soir, comme deux copines on buvait des mojito et prenions des selfies avec la couronne de fleurs. Je dois dire qu'elle était un peu gamine pour dix-neuf ans, moi à son âge je photographiais mon cul euh je faisais plus mature. Quoi qu'il en soit je la trouvais sympa et je voulais que tout se passe bien. Ça m'avait l'air réciproque, elle me présentait à chaque fois comme sa belle-mère. C'était donc toujours un plaisir en tant qu'aïeule de sortir mon portefeuille. 😅

Son père qui avait perdu sa garde lorsqu'elle n'avait pas dix ans car son ex s'était tirée dans le nord était ravi qu'on s'entende bien, qu'on fasse les connes et qu'on danse ridiculement. Il m'avait mise en garde à plusieurs reprises, lui ainsi que d'autres personnes. Je trouvais ça plutôt con de qualifier sa propre fille de manipulatrice qui n'aime que le blé. Surtout qu'avec moi elle se nourrissait exclusivement de pâtes à la bolo. LOLILOLILOL. Je la défendais toujours, après tout leur histoire ne me concernait pas, persuadée que si souvent elle n'était pas venue voir son père qui lui payait le billet d'avion c'était la faute de sa daronne. Je calmais les gens qui ne me disaient pas du bien d'elle, je pensais comprendre et puis elle m'avait dit que sa mère était ouf et qu'elle n'était qu'une enfant à l'époque, que ce n'était pas sa faute et qu'elle avait été enlevée à son papa chéri qu'elle aimait tant. Charlotte me faisait de la peine. Je la trouvais un peu paumée mais la croyais.

Les choses ont senti la daube très vite après son arrivée dans le Sud. Fin juillet elle m'annonçait par texto et sans être claire que ça se passait mal avec sa mère et qu'elle allait être mise à la porte. J'ai voulu négocier son hébergement chez nous avec son père qui ne croyait pas trop à cette histoire mais il a bien voulu la dépanner. Du coup, elle a trouvé un taff dans notre ville par le biais de sa famille paternelle et le soir même a dormi chez nous qui venions d'aménager. On n'avait pas encore de chambre, il a dû lui acheter un matelas, ça tombait un peu mal qu'elle débarque maintenant. De plus elle ne nous avait jamais parlé en face. Le lendemain elle n'était pas partie et les jours suivants non plus. Jusqu'à ce qu'il lui trouve un appartement dont il s'est porté garant. Charlotte s'est installée à deux pas de chez nous et la vie, les apéros et les crêpes ont repris leur cours. 

Ça ne m'avait pas embêté qu'elle s'impose totalement dorme chez nous mais je n'ai jamais compris ses intentions dans la mesure où elle ne nous a jamais dit ce qu'elle comptait faire puis surtout, les versions changeaient d'un membre de la famille à un autre. Charlotte paraissait contente de son appart, de son travail, de son nouveau mec et de sa vie. C'est à ce moment-là que son père a arrêté la pension alimentaire. Certes brutalement.

Nous sommes donc en septembre et son père coupe la pension qu'il a toujours donné durant dix ans. Maintenant sa fille a presque vingt ans, vit avec son gars et a un travail régulier. Tout se passe bien jusqu'en décembre et mon salon sent toujours la crêpe, Charlotte fait partie de tous les repas de famille y compris des miens, parfois elle se plaint un peu des fins de mois difficiles alors je lui lâche un chèque. J'ai su plus tard que son père en faisait autant, s'il ne donnait plus de pension il continuait de l'aider à chaque fois qu'elle passait le voir. J'ai aussi appris que les autres membres de la famille l'ont aidée parce qu'elle pleurnichait un peu sans être franche. Le temps passe, le vin pleut et nous sommes alcoolos une famille formidable, il ne manque que le pot de Nutella pour tourner une pub.

Noël arrive et je lui offre un Polaroïd, elle rien du tout mais je n'y fais pas attention. Pour mon anniversaire elle est là aussi, elle graille son couscous les mains vides mais je n'y fais pas attention. On lui donne un meuble télé que son roumain gars vient chercher sans me dire bonjour mais je n'y fais pas attention. Et puis le nouvel an approche et soi disant sans argent elle se fait poser deux mètres d'extension sur sa coupe à la garçonne mais je n'y fais pas attention. 

Et puis le bruit court que sa daronne n'est pas contente de ne plus avoir de pension. Alors son père et sa tante lui font écrire une lettre au juge qui dit que Charlotte n'en a de toute façon plus besoin. La lettre est signée le 11, envoyée le 13 par son père et c'est précisément là que le mien est tombé. Tombé de ses excès, de son addiction, de son alcool, de son auto-destruction qui l'enverra dans le coma puis à la morgue.

Nous sommes le 14, premier jour de mes huit visites à l'hôpital, de mes monologues, de ma peur au ventre, ma chiasse quotidienne. Je n'ai plus du tout le time pour suivre l'affaire pension alimentaire. On enterre mon père le 6 février et quelques jours avant chez nous ça sentait encore les crêpes. Pour la chandeleur Charlotte était venue, avec ses cheveux désormais longs et ses histoires d'ado attardée. Pendant tout ce temps elle n'a jamais cessé de nous appeler.

Mi février il manque quelques centaines d'euros sur la fiche de paie de son père: injonction d'huissier et saisie sur salaire par son ex. On comprend mieux les extensions de sa fille. Dans la panique on se dit que c'est seulement la faute de l'ex; on apprendra plus tard que Charlotte a porté plainte contre son propre père le 17 janvier tandis que le mien était mourant, oui, porté plainte pour une histoire de lettre écrite sous la menace, ladite lettre dans laquelle elle admet ne plus avoir besoin de pension tant qu'il continue de l'aider, ce qu'il et ce que nous avons toujours fait. Heureusement qu'il y a eu plusieurs témoins. 

Pendant ces longs jours elle a continué de nous voir, de manger avec nous, de me prendre dans ses bras et de m'envoyer des messages de soutien, de faire style qu'elle nous aimait, de se faire payer des coups à boire et de parler de ses vingt ans qui arrivent bientôt, qu'on ne fêtera donc pas avec elle mais je suis sûre qu'elle s'en fout.

Plusieurs fois j'ai voulu la voir pour qu'on s'explique mais elle m'évitait et aujourd'hui encore je n'ai / nous n'avons aucune explication. La police nous a dit qu'elle a reconnu avoir menti. Depuis nous attendons un jugement. Pour moi ce n'est pas juste la faute de sa mère. Être capable d'aller si loin et avoir la figure comme le fion.


jeudi 16 mars 2017

Vivement 2018

Pour ceux qui par hasard se demandaient ce que j'étais en train de foutre dans mon placard depuis 6 piges, je vais vous répondre de façon brève parce que l'article viendra plus tard:

- mon père est partit
- mais pas aux champignons
- je m'isole
- parce qu'il n'y a que ça de bon
- c'est la guerre avec ma belle-fille
- qui a succinctement: 
1) pas payé ses loyers
2) porté plainte contre son père
3) fait une saisie sur salaire à celui-ci

Depuis je me demande s'il n'est pas billionnaire mais trop radin pour me le dire. Je vis un peu sous pression à penser que son ex et sa fille sont en train de choisir un tueur à gage. Voilà. Si je ne reviens pas dans quelques jours vous comprendrez que je suis sans doute en taule grâce à Papa qui avait beaucoup de couteaux, soit crevée du cœur parce qu'il tape beaucoup trop vite ces derniers jours.

samedi 24 septembre 2016

Femme mature

Tandis que je dressais mentalement le tableau de ma vie reluisante sur fond d'espoir avorté voire mort dans l'œuf, je constatais avec effroi que Michael Jackson était mort depuis sept ans et que je n'avais toujours pas fini ma crise d'ado. J'ai donc longuement hésité à dessiner une b* ou un symbole anarchie en guise de signature en bas de la feuille, ne me sentant absolument pas prête à m'occuper d'un homme autrement qu'en lui faisant des pi... pichades par exemple. Devant mon hésitation qui avait pris la forme d'un visage aussi blafard que glacial, les yeux inquiets de mon bien-aimé semblaient dire "Alors tu signes ou on s'encule?", ce à quoi j'aurais volontiers répondu "on s'encule", afin que ce qui en ressorte n'aille jamais à la maternelle.

Il faut dire que j'avais donné le meilleur de moi-même les 150 derniers jours, lui faisant (re)vivre les années 70 et le festival de Woodstock à moi toute seule et sans produit illicite, vomissant ça et là ma vie en m'auto-proclamant "déséquilibrée mentale". Et tandis qu'il se tapait la narration du bouquin enchanteur que je laisserai derrière moi, traitant principalement de ma relation avec des cons dans un monde de cons, je me demandais comment il lui était encore possible de vouloir apposer sa signature sur un morceau de papier qui allait sonner le glas de sa tranquillité de gentilhomme. Cet être ne devait pas me prendre au sérieux, influencé par ma tête rigolote après deux verres de rosé. Autant dire que cinq mois et deux-cent litres plus tard, je devais désormais ressembler à un clown.

De plus, j'avais passé la moitié du temps à me plaindre sur mon sort de merde avenir qui s'annonçait délicat et à crier à la cantonade, telle une féministe mal baisée brossée, que les hommes n'étaient que des putes êtres malveillants envoyés par Satan. En agissant de la sorte il était censé comprendre que j'étais schizophrène un peu parano et me larguer dès le début de l'aventure. Étrangement il n'en fut rien et sept mois après j'ai commencé à fermer ma grande bouche et à faire la cuisine. En ce temps-là j'avais vingt ans j'aimais bien la boisson mais il me prêtait sa voiture quand-même. Soit cet homme était aussi borderline, soit on allait finir mari et femme. Les deux à la fois auraient été contraignants.

La vie avait ainsi repris son cours, routinier et champêtre. Ce n'était pas demain la veille que j'allais me gratter les burnes aux Bahamas mais en attendant je survivais sans Tercian et autres en-cas pour malades mentaux. Moi qui avais toujours eu peur de l'engagement au point de ne pas prendre beIN sur ma télé, je me retrouvais avec une demi-douzaine de beaux-frères et moi-même belle-mère d'une adolescente qui hésitait entre Kevin et Marvin, avait un compte Tinder et se nourrissait exclusivement de pâtes à la bolo. Paradoxalement, j'en avais terminé avec les psychiatres. En vérité j'en aurais fait démissionner plus d'un, tant il est vrai que j'avais autant de chances de devenir belle-mère que de remplir un 90C.

Malgré le caractère bucolique de cette épopée qui avait sonné le glas de ma vie d'ado retardée, je restais mélancolique de mes anciennes amours qui étaient désormais RMIstes, mariés ou pédés, me demandant si l'une d'elles avait déjà été les trois à la fois. J'ai bien failli envoyer un message groupé pour leur poser la question mais ça faisait un peu gamine et elles m'auraient traitée de pute. Dans mon rôle de vraie femme je me sentais aussi adulte que Michael Jackson, d'ailleurs pour ne pas dépenser mon mec m'offrait des cartables Chipie.

Affaire à suivre...