dimanche 2 novembre 2014

Il faut de tout pour faire un (im)monde

J'ai commencé à gerber peu de temps après notre séparation brutale. On n'était plus heureux ensemble mais on ne se l'avouait pas. Quand on me demandait comment ça allait avec lui, je répondais "Ça va, ça va". Tous les couples qui disent "ça va ça va" sont des menteurs. En fait, je passais le plus clair de mon temps dans la cuisine à compter les calories et lui sur la terrasse à fumer des pétards. Je ne vivais plus, je survivais. Il était comme aveugle et sourd. Moi aussi. On ne faisait plus rien à part semblant. J'avais la nausée à force de le voir défoncé H24, bouffer mes plats sans vraiment les savourer, partir au travail les yeux injectés et rentrer à quatre heures du matin encore plus défoncé.


Nous passions nos jours de repos en commun à ne rien faire. Il justifiait cet ennui en disant qu'il n'y avait de toute façon rien à faire ici. Il n'avait pas forcément tort mais ne se bougeait pas du tout le cul non plus. J'ai fini par faire ma vie de mon côté. Je sortais avec mes copines sans me préoccuper de lui, il ne m'appelait que pour savoir s'il y avait des mecs autour de moi. À mesure que les semaines passaient je rentrais de plus en plus bourrée. Je faisais même des défis alcooliques avec moi-même. La vie était glauque et sans saveur, c'était la merde. J'avais un magnifique appartement mais je m'y emmerdais. On ne communiquait plus. On était là comme deux cons, sans but. Le jour de nos trois ans il n'y a pas eu de cadeau, pas d'attention. Il m'avait proposé qu'on aille au restaurant et c'est vrai, j'ai peut-être eu tort de dire non. Parce que je ne mange pas le soir, j'allais être stressée. En fait je pense que je n'avais simplement pas envie de partager ce moment avec lui. Il m'avait proposé ce restau parce que ça la foutait mal de ne pas marquer l'occasion mais au fond il s'en foutait bien. Sinon il m'aurait au moins offert des roses. J'aurais quand-même dû accepter sa proposition, on aurait pu jouer la Cène à notre façon.


Dix jours plus tard, j'ai reçu un coup de fil administratif. De ceux qui sentent la merde de loin. J'ai découvert qu'il n'avait presque jamais payé le loyer, qu'on avait 6.500€ de dettes et bientôt les huissiers au cul. (Comme si c'était pas déjà suffisant d'avoir les juifs LOL). J'avais toujours donné ma part. Je m'étais faite baiser avoir. J'avais été un portefeuille et un vide-couilles. Il s'est défilé. Nous ne nous sommes plus jamais revus. Je suis partie chez ma mère et j'ai tout balancé à la sienne. Onze jours plus tard il m'avait fait mes valises. J'ai été ramassé mes fringuesmes chats et ma dignité sur le paillasson. Notre paillasson qu'on avait choisi parce qu'il était fun avec son inscription "Interdit aux huissiers". Dieu est parfois sarcastique. Fin de l'histoire. Il ne m'a pas cherchée. Il ne s'est jamais excusé. Du jour au lendemain j'ai découvert une personne que j'avais jusque-là totalement ignorée. Un trou du cul menteur probablement drogué à autre chose que la beue si j'en crois les bruits de couloirs qui ont suivi. (Mais bon, je dois vous avouer que je m'en BATS LES COUILLES). Jamais je n'aurais pensé que notre histoire finirait ainsi, même si elle n'a jamais été fusionnelle, même si ce n'était pas E et que personne ne sera jamais E. E pourrait me demander la lune, je lui ramènerais les étoiles avec. 

Je n'ai jamais eu foi en l'humanité - au cas où vous seriez assez cons pour pas l'avoir remarqué -. Ça a commencé très tôt. À la fécondation je crois. La lucidité, c'est un truc qu'on a ou qu'on n'a pas. J'aurais préféré ne pas l'avoir. Être atteint de lucidité, c'est comme avoir un cancer. Ça arrive qu'on guérisse du cancer soi-disant, en revanche de la lucidité, jamais. Tu l'as dans ton sang et tu te la gardes. C'est comme le sida. Ça te fait mourir lentement. Et plus douloureusement. Bref. Cancer et sida n'ont qu'à bien se tenir, je suis lucidopositive et je vais en crever aussi.

Juste après ma séparation de B, j'ai été prise d'un engouement non justifié. Je m'émerveillais de tout. Tout était fantastique. J'avais une joie de vivre dingue parce que je ne pouvais pas faire autrement. Si je commençais à me morfondre sur ma vie de merde je n'allais pas m'en sortir. Mon quotidien ressemblait à une pub pour Nutella.


Enfin les enfants, le mari, les calories et le Nutella en moins. Reste au moins l'enthousiasme !

Quelque chose à cette période là me donnait envie de me tirer d'affaire. J'ignore quoi mais ça n'a pas duré longtemps. Je me suis pris le contrecoup des choses en pleine tronche peu de temps après. Au mois de septembre déjà je commençais à comprendre que ça daubait d'ici à la lune. Peut-être que c'était simplement l'atterrissage dans la vie la vraie. Le 5 août j'étais installée dans un petit deux pièces, je n'étais pas malheureuse, j'avais faim de vie et j'avais pris un kilo et demi, mon visage était redevenu joli et j'ai revu E. On a parlé, bu, fumé, baisé. C'était beau, fou, hors du temps, passioné, un rêve éveillé. Et puis sa femme a soupçonné le manège et je me suis de nouveau retrouvée seule (ne l'avais-je pourtant jamais été?). La première fois qu'on s'était revus j'avais vomi mon champagne et mon prosecco entre deux déclarations d'amour (il faut que j'achète une GoPro). C'était la dernière fois que je vomissais liquide. Tout se tient dans la vie mais avec quelle ironie parfois.

E ne m'appelait désormais plus et moi je gerbais. Ça faisait du bien. Je gerbais dans les toilettes, dans le lavabo, dans la douche et chez l'habitant en Irlande. J'ai commencé à gerber au travail après une crise de boulimie totalement stupide. J'avais voulu goûter un carré de chocolat de merde que j'avais justement ramené d'Irlande et je m'étais presque envoyé la tablette en moins d'une minute pour me punir. C'est peut-être ça la boulimie en fait. Se punir d'avoir eu une envie. Tu as voulu goûter quelque chose qui a l'air bon? Attends, je vais te montrer ce que ça fait. Heureusement je ne gerbe pas encore sur les bites. On y viendra peut-être.

Je n'ai jamais voulu rentrer dans le moule. Celui des cons. Ceux qui se marient ou se pacsent pour vivre une vie moyenne avec quelqu'un de moyen.


Je suis une grande passionnée. Je fais tout avec le cœur sinon rien. Et même quand j'ai essayé de rentrer dans ce que vous considérez comme le droit chemin, ça n'a pas fonctionné. J'ai été punie. Punie parce que j'ai essayé d'avoir une vie normale et de marcher sur les rails (et pas ceux de Jean-Luc Delarue. HAHAHAHA elle est bonne celle là hein?! Non? Bon.)

Bref. Pardonnez cet impitoyable et insipide monologue. Je n'ai pas d'âme et j'avais envie de vous raconter des choses gaies parce que je suis en forme aujourd'hui (si si je te jure). Depuis, E m'a rappelée et j'ai un violoniste et un gogo dancer au chômage dans ma vie, alors je vais pas me plaindre. Ça fait beaucoup de bon temps a tuer passer. J'ai regardé Pola X (mais si, le film que y'a le frère qui se tape sa sœur !) et Le Magasin Des Suicides (mais si, c'est le hasard !) et me suis mis bille en tête de trouver un mari comme Guillaume Depardieu parce qu'il me fait beaucoup penser... à moi-même (c'est mon petit côté mégalomane). Donc si vous connaissez un héroïnomane avec une prothèse, je suis preneuse. J'entends d'ici les mauvaises langues dire que j'ai des exigences un tantinet trop élevées. Bon ben allez vous faire foutre alors. 

Ou regardez ça. Si vous avez du temps et des illusions à perdre

https://m.youtube.com/watch?v=Y0Jyndi8zls



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