lundi 18 avril 2016

Vous parler d'elle

Nous n'étions plus amies. Heureusement pour elle. Elle n'aura pas vécu mes troubles de l'humeur, ma connerie parfois, ma nonchalance souvent. Marlène était belle. J'ignore si elle avait de la prestance, une vie comblée et de l'amour à revendre. Je l'espère pour elle, car si j'ai mauvais caractère je ne souhaite pourtant que du bien aux autres.

J'avais rencontré Marlène à l'âge de trois ans. C'était notre première rentrée des classes, un 1er septembre sûrement ou le 2 peut-être. Ou le 3 sinon allez savoir, de l'année 1995 et qu'importe me direz-vous, nos vies auraient pu se croiser un 15 août ou un 18 novembre, cela n'a pas d'intérêt et c'est fou le rapport qu'on entretient avec les dates lorsqu'on sait qu'elles ne sonneront plus jamais pareil.

Marlène était née un 19 janvier et chaque année à cette date nous nous retrouvions chez elle le temps d'une journée, pour jouer à la poupée et faire de la balançoire. Elle avait une maison magnifique et c'était toujours avec un pincement au cœur que je rentrais chez moi le soir. C'est avec elle que j'ai vécu mes premières querelles de copines, quand j'y repense on était une bonne bande.

Nous n'étions plus amies. Heureusement pour elle. Enfant je l'aimais beaucoup, avant que nous prenions des chemins différents et que la vie malgré nous nous sépare. Ces dernières années d'ailleurs je me disais que le temps pressait, ce salaud, cet arrogant et que plutôt que d'avoir des regrets il me fallait la recontacter. Bien sûr je ne l'ai jamais fait, c'est ma spécialité de ne rien faire, j'adore parler dans le vide et repousser les choses au lendemain. Ce que je préfère par-dessus tout, c'est de faire des promesses à moi-même en fumant une cigarette et puis le paquet. Si j'étais un peu plus tarée d'ailleurs je parlerais seule.

Nous n'étions plus amies. Heureusement pour elle. Marlène était ma copine d'enfance, l'une des plus proches et ces dernières années on se disait seulement bonjour. De quoi aurions-nous pu parler me direz-vous, et est-ce seulement courant de s'asseoir un instant pour se raconter les années passées, celles pendant lesquelles on ne se souciait pas de l'autre, celles pendant lesquelles l'autre d'ailleurs n'existait plus vraiment?

J'ai croisé Marlène en juin 2015 et j'ai regretté de n'avoir jamais fait le pas. Mais nous n'étions plus amies et heureusement pour elle. Elle était heureuse de vivre, sûrement parce qu'elle ne s'était jamais posé la question. Et d'y repenser me donne envie de m'auto-promettre de nouveau, de ne plus jamais ne pas oser faire le pas, et puis de m'allumer une cigarette, de fumer le paquet et de ne pas reporter l'idée à demain.

Nous n'étions plus amies. Heureusement pour moi. Marlène est morte. Un 1er septembre ou le 2 peut-être. Elle avait vingt-trois ans. Le cancer du poumon l'a emportée et moi je fume.

1 commentaire: